Substrat technique, philosophie gestionnaire et vision simplifiée
Armand Hatchuel et Benoît Weil[1] ont identifié trois éléments constitutifs des innovations managériales, et en interaction les uns avec les autres : un substrat technique, une philosophie gestionnaire et une vision simplifiée des relations organisationnelles.
Le substrat technique correspond à la dimension concrète de l'innovation. C'est ce qui est le plus directement visible et tangible : pour une innovation managériale de type "système expert", le substrat technique, c'est l'outil informatique, avec ses composantes matérielle, logicielle et ses paramètres.
La philosophie gestionnaire correspond à la signification gestionnaire de l'innovation managériale, à ses aspects logiques et rationnels. Dans le cas du système expert, la philosophie gestionnaire est que l'informatisation des calculs est source d'efficacité dans la réalisation des tâches administratives, de cohérence dans les décisions, et de sophistication de celles-ci par la prise en compte d'un plus grand nombre de paramètres, ou le réglage plus fin d'autres paramètres.
La vision simplifiée mise en évidence par Hatchuel et Weil (1992) concerne les relations organisationnelles. Elle soutient la philosophie gestionnaire et éventuellement se retrouve dans le substrat technique sous forme concrète (modèles, choix des paramètres). La vision simplifiée des relations organisationnelles prend en compte un petit nombre d'acteurs, en ignore d'autres, et définit pour les premiers des rôles assez sommaires, simplistes, voire caricaturaux. Dans le cas d'un système expert, on trouve dans la vision simplifiée des relations organisationnelles une base de données communes, des utilisateurs de cette base de données, des informaticiens, des rapports hiérarchiques autour de l'outil (retranscrits par exemple dans les droits), etc. ; les utilisateurs sont connectés sur la base de données et la font vivre.
Cette décomposition du contenu des innovations managériales en trois éléments a été étendue par Albert David[2] à tout type d'innovations managériales. Que celles-ci soient orientées plutôt "connaissances" ou plutôt "relations entre les acteurs", David (1996) montre qu'on peut toujours mettre en évidence trois composantes :
- une pholosophie gestionnaire,
- une vision simplifiée,
- un substrat technique.